A propos de la colonisation
La colonisation est devenue un thème à la mode. Dans la longue lignée des mea culpa qui, s'ils ont une vertu symbolique et morale indiscutable, ne contribuent pas pour autant à aller de l'avant. Que l'on cesse de faire pudiquement l'impasse, dans les manuels scolaires d'Histoire de France, sur la période coloniale est une chose ; que l'on colore celle-ci tout en noir ou tout en rose est autre chose. C'est une falsification, dans un sens comme dans l'autre. Rien n'est jamais blanc ni noir, aucun événement n'est totalement positif ou négatif. Le temps passé à battre notre coulpe est un temps régressif, un temps prélevé sur celui dont nous avons besoin pour résoudre les problèmes d'aujourd'hui et, plus encore, ceux de demain.
C'est ce que nous apprend la prospective : regarder la réalité sous ses multiples formes, identifier le positif enfoui au cœur du négatif, le négatif caché au cœur du positif. Et, au-delà de cette analyse, nous sommes seuls face à nous-mêmes, face à ce que nous considérons comme le bien ou le mal. C'est pourquoi il est vain de prétendre que le travail sur le futur (qu'il soit exploratoire ou normatif) est une science, au sens de POPPER. C'est en revanche une discipline, comme le sont les sciences humaines et sociales, dont l'interprétation varie selon l'observateur.
Alors, en quoi l'étude de la colonisation peut-elle être utile à la construction de l'avenir ? Pour sa valeur de leçon pour le futur, certes, comme tout phénomène historique. Mais pour bien davantage encore et notamment pour deux raisons.
La première est la connaissance des mécanismes d'évolution. Dans le cas de l'Afrique par exemple, la colonisation n'a d'intérêt, en prospective, que par le changement qu'elle a apporté aux forces d'évolution qui façonnaient auparavant ce territoire . Peut-on renouer avec ce qu'aurait pu être le futur de ce continent si la colonisation n'avait pas eu lieu ? C'est à cela que sert l'uchronie : à partir d'un point décisif du passé, l'uchroniste tricote les mailles de l'évolution pour étudier des avenirs possibles. Reste ensuite à voir comment ces potentiels de devenir, s'ils sont considérés comme positifs, souhaitables, peuvent à nouveau, dans la situation présente, être mobilisés.
La seconde raison est la compréhension des phénomènes civilisationnels contemporains. En effet la colonisation de l'Afrique, avec son cortège d'exactions, est aujourd'hui reconnue et connue. On commence aussi à reconnaître une autre forme de colonisation, plus subtile : la colonisation des idées, à travers la diffusion et l'adoption de la pensée occidentale , et la colonisation des modes de vie, à travers la standardisation des produits de consommation . L'analogie avec la colonisation géopolitique peut accélérer l'identification des problèmes et des potentialités sous-jacents aux nouvelles formes de colonisation. Mais aura-t-on pour autant la volonté politique de les résoudre ?
En réalité, ne cherche-t-on pas, en dénonçant avec force les méfaits de la colonisation du siècle passé à se dédouaner de ceux de la colonisation en cours ?
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