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Le centre commercial Les Glories à Barcelone

Une ville en plein boom : le quartier des médias, avec ses vieilles usines rénovées (ou en cours) dont une partie est consacrée à l'enseignement (université des médias), le quartier @; les nouvelles tours qui vont se dresser devant la Tour AGBAR (Agua Barcelona) de Jean NOUVEL ; la rénovation de la Sagrada Familia... d'une certaine manière, en moins démesuré, on pense à Shanghai. La nouvelle avenue Diagonale est impressionnante de fonctionnalisme : deux fois deux voies, séparées par une large allée centrale avec voies de tram, coulée verte piétonne et voie cyclable ; un ensemble esthétique, bien pensé, fonctionnel.

Le centre commercial Les Glories fonctionne sur le principe des malls américains, comme on les retrouve aussi à Cali en Colombie (qui recèle l'un des plus beaux exemples d'utilisation d'une friche industrielle avec la transformation d'une ancienne gare de marchandise en un centre commercial esthétique et convivial) ou encore dans les ultramodernes centres commerciaux d'Istanbul ou d'Ankara (Turquie). Les boutiques sont hébergées dans des bâtiments répartis de manière aussi asymétrique que possible autour de piazzas. Sur celles-ci des aménités : des bancs, des terrasses de café, des parcs de jeu pour les enfants qui leur donnent un aspect festif, comme de mini-Lunaparcs. Au centre, un atrium : l'étage inférieur offre une piazza réservée à la restauration ; tous les restaurants, généralement spécialisés (fast-food, pizzeria, chinois, mexicain, etc.), sont disposés côté à côte, en rond, sur le pourtour de la place où les consommateurs sont installés.

Un modèle différent du nôtre, si l'on compare à Vélizy II ou Belle-Epine, par exemple, en région parisienne. Ici, à Les Glories, cet ensemble architectural offre un "plus" par rapport à notre modèle : l'inclusion d'espaces ouverts qui transforme l'espace-prison de notre modèle (un seul bâtiment, fermé, au sein duquel tout se déroule) en un espace ouvert, quasi-urbain, qui fait inévitablement penser aux condominiums (quartiers fermés) sud-américains, chinois ou turcs. Question de climat, me dira-t-on. Sans doute, mais aussi de culture : nos premiers "grands magasins" du XIX° siècle étaient déjà conçus sur ce modèle d'un bâtiment unique (Le Bon Marché, le Printemps, la Samaritaine…) qui a ensuite évolué vers les premiers hypermarchés français (1964). Cartésiens, les Français ont conçu les centres commerciaux comme des espaces fonctionnels permettant d'acheter des biens. La perception des attentes immatérielles des consommateurs est venue plus tard : on oublie parfois encore que le centre commercial a évolué d'une fonction purement marchande (vendre des objets) à une fonction hédoniste ; non seulement on doit pouvoir y trouver désormais des services (coiffure, esthétique, etc.) mais le centre doit aussi offrir une fonction hédoniste, marchande (cinéma, restauration, bar, jeux, etc.) et non marchande : espace de loisirs (parcs enfants), bancs publics, etc. C'est la grande transformation à laquelle les gestionnaires ou promoteurs français de centres commerciaux devront bien faire face : le shopping s'est déconnecté de l'achat ; le centre commercial, comme le multiplex, est devenu un lieu à vivre, un espacé "habité" et plus seulement de transit, un morceau de la ville et plus seulement un vaste entrepôt privé abritant des marchandises. C'est sans doute un propos banal mais qui prend une vigueur particulière dans ce mall de Les Glories.

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