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Espoirs de demain

Ce qui fait l'excellence d'une société, c'est la manière dont elle accueille les déviants. Pas ceux qui se coulent aisément dans le moule, qui seront enseignants, ingénieurs ou commerciaux. Mais ceux qui ne répondent pas aux critères conventionnels.

Ceux-là sont de deux sortes. D'une part les "hors-limites" : handicapés ou surdoués, la frontière est parfois ténue. D'autre part, les différents, les inclassable : les enfants que l'on sent intelligents mais qui ne savent pas le montrer dans un système extrêmement codé et rigide. Il ne suffit pas de grand-chose pour être intellectuellement différent : par exemple avoir un esprit orienté vers la synthèse plutôt que vers l'analyse, n'être ni littéraire ni matheux mais comprendre comment fonctionne le monde, être sensible au futur plus qu'au passé… mais pour ceux-là, il n'y a aucune place dans le système éducatif qui demeure un moule à produire de la conformité en laminant des différences qui, pourtant, pourraient devenir ces sources d'innovation que dans l'autre monde —celui des adultes— on recherche à corps et à cri.

Le regard porté sur la différence est symptomatique de la capacité d'évolution d'une société. Regarder le handicapé mental comme un "attardé", le surdoué comme un "précoce" —étrange symétrie de ce qui serait un même mal— et le différent comme un "bon à rien" est révélateur de cette impuissance à affronter l'avenir, la nouveauté, que Claude LEVI-STRAUSS décrivait en opposant les sociétés "thermo-dynamiques" aux sociétés "mécaniques".

De thermo-dynamique qu'elle fut du XVIII au XX° siècle, la France ne serait-elle pas en train d'inverser le processus et devenir un société-musée, figée dans un monde qui déjà n'est plus ?

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