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Les robots ? nous serons bientôt mûrs

Isaac ASIMOV, le fameux écrivain de science-fiction, a longtemps exploré les arcanes de nos possibles relations avec les robots, conçus comme des êtres intelligents bien que soumis à l'homme [cerveaux "positroniques", les 3 lois de la robotique, etc.].

Nous sommes aujourd'hui en 2026, j'ai presque 70 ans et, confortablement installée dans mon fauteuil à eau, j'observe ma "femme de ménage". Elle est remarquablement efficace, gentille, je dirai même prévenante, en ce sens qu'elle semble devancer parfois mes desiderata. J'avais tellement peur d'elle autrefois…

Il y a 20 ans, cela devenait absolument impossible de trouver une femme de ménage. L'aimable et fidèle domestique était devenu un mythe. L'hédonisme avait gagné toutes les couches de la population, même celle-ci : la pénibilité du travail rebutait (pas question de faire plus de trois heures de repassage d'affilé), les aléas de la vie quotidienne primait sur la régularité attendue (enfants malades, congés scolaires, congés estivaux, troubles familiaux…), le perfectionnisme n'était pas au RDV et ne parlons surtout pas de l'obéissance : inutile de laisser des consignes, elle n'en faisait de toute façon qu'à sa tête. L'incroyable sur-occupation dont tout un chacun semblait faire preuve —jusqu'aux enfants— rendait impossible l'idée de se passer de cette aide précieuse, ne serait-ce que quelques semaines, le temps d'en retrouver une autre, plus adéquate.

Au début des années 2000, une société innovante fit flores : elle jouait les interfaces entre l'employeur et la femme de ménage, nouveau type de prestataire de services. Ce fut l'engouement, surtout avec l'aide de la loi Robien et le nouveau chèque emploi services. Les services à domicile explosèrent, preuve s'il en fallait que le besoin existait bel et bien. Mais cela ne pouvait changer les mentalités : dans un pays riche, on n'obtient plus le dévouement pour quelques heures de ménage par semaine ; les rapports se sont professionnalisés, distanciés… On se croyait presque dans une grande entreprise publique.

Mes amis en Amérique du Sud ou en Turquie m'apparaissaient alors comme des nababs, employant un couple à temps plein : l'homme se chargeait des gros travaux, du jardin, de la voiture et la femme des courses et de la maison. Pourtant leurs employeurs étaient enseignants ou retraités, sans salaires pharamineux. Mais le différentiel des revenus expliquait ces possibilités ; en France, même il y a 20 ans, un tel écart n'existait plus depuis longtemps.

Alors la brèche s'est ouverte. A bien y regarder aujourd'hui, c'était inévitable ; cela aurait dû être évident alors ; mais l'œuvre d'ASIMOV avait si bien fait son chemin… Nous sommes entrés dans l'ère des Machines, tout doucement, sur la pointe des pieds. Les exosquelettes offrent aux plus âgés une autonomie impossible autrement, allégeant d'autant les charges sociales… Et ma femme de ménage m'a définitivement délivrée d'un fardeau si pesant. D'autant que je travaille toujours, seule solution pour maintenir mon niveau de vie et m'assurer un certain confort au cours des trente années qu'il me reste encore à vivre si rien de fâcheux ne survient ; Alzheimer est là, qui guette un tiers de nous, mais on a bon espoir sinon de l'éradiquer au moins de le tenir à distance le plus longtemps possible. Ma femme de ménage, elle au moins, n'y sera pas sujette…

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