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Florence : leçons d'histoire

Décrire cette ville-musée frise la banalité totale. Pourtant, à bien y regarder, Florence est aussi une ville-symbole, dont les messages persistent à nous éclairer.

Santa Maria del Fiore, plus communément appelée le Dôme (1296-1378), est un pur joyau qui nous parle de multiples manières. Son premier message saute immédiatement aux yeux : l'innovation n'est pas une nouveauté du XX° siècle, comme le prouve la formidable prouesse de la coupole de BRUNELLESCHI ou l'horloge étonnante de Paolo UCCELLO ou encore le dépôt du premier brevet connu en 1421. Le second message transpire de sa dualité : son extrême richesse extérieure (architecture, revêtement) et son grand dépouillement intérieur forment un contraste qui nous renvoie à d'essentiels questionnements comme l'être et le paraître, le yin et le yang, l'exubérance de la jeunesse et l'ascétisme de la grande vieillesse.

A l'image de ce Dôme, nous ne sommes ni hors du temps, ni hors de l'espace : notre magnificence extérieure est celle qui vient d'un long passé —la glaise qui nous a façonné— et notre dépouillement intérieur est celui qui seul peut accueillir / que seul peut remplir le sens que l'on donne à sa vie —qui sommes-nous, où allons-nous, qu'avons-nous fait de notre vie ? En ces temps où le sens semble plus que jamais nous échapper, les candidats à sa succession sont nombreux : hier l'existentialisme et aujourd'hui —à tant l'entendre vantée— serait-ce l'innovation, érigée en une fin en soi ?

Sortons du Dôme et promenons-nous dans la vieille ville, avec nos cinq sens bien en éveil et surtout ce sixième qui donne à voir la trame même du Temps. Les deux types de créneaux différents du Palazzo Vecchio nous racontent l'affrontement entre les Gibelins (ghibellini), alliés de l'empereur Frédéric II, et les Guelfes (guelfi) opposés à l'empereur mais soutenus par la papauté ; ils nous renvoient à la toujours actuelle question du pouvoir temporel des Eglises et de la laïcisation des gouvernements des hommes.

Tout à côté, la Galleria degli Uffizi (les Offices) nous rappelle l'éternel combat du tyran (Cesar BORGIA) opposé au prince (Laurent de MEDICIS) par le florentin Nicolas MACHIAVEL. Les campagnes électorales actuelles nous montrent combien rien n'a changé depuis lors ; combien les hommes sont prêts à sacrifier leur âme pour une once de pouvoir ; combien le peuple est toujours finalement —comme MACHIAVEL avait su le déceler— cette victime consentante et amnésique.

L'ancien entrepôt de blé d'Orsanmichele (plus tard converti en église) et un peu plus loin le palais du riche banquier DAVANZATI disent assez la puissance des marchands florentins. Mais on oublie trop souvent qu'ils furent à l'origine de l'essor d'une démocratie urbaine prometteuse, qui expérimenta des modes originaux de gouvernance avant de se dissoudre plusieurs siècles plus tard dans la monarchie. Un clin d'œil à notre époque de décentralisation et de recherche des partenariats publics-privés ?

Enfin, comme en prospective, il faut sortir du lieu pour l'appréhender de manière plus globale, plus systémique, donc plus distante d'une certaine manière. C'est donc sur les hauteurs de la Piazza MichelAngelo que doit s'achever notre voyage dans le temps.

Pour y accéder, on longe l'Arno en tournant le dos à la ville : temps de méditation. Comment ces paysages toscans si caractéristiques, si évocateurs de calme, de sérénité, ont-ils pu résonner si longtemps du bruit et de la fureur des incessantes guerres qui ont déchiré la région ? L'homme, la nature, la place respective de l'un et de l'autre, l'influence de l'un sur l'autre… En contemplant ces paysages, l'évidence s'impose que cette nature nous survivra.

Nous voici enfin non plus 'dans' mais 'face' à Florence. Pour une dernière leçon d'Histoire.

A l'évocation de ces noms prestigieux qui ont marqué la ville —BOTTICELLI, CELLINI, DANTE, Da VINCI, DONATELLO, FRA ANGELICO, GALILEO, GIOTTO, MICHELANGELO, SAVONAROLE, VESPUCCI… ceux déjà cités et bien d'autres encore— on pourrait ressentir comme une immense nostalgie, comme un alourdissement du poids des ans qui soudain nous écraserait… Mais il n'en n'est rien ! Car le message de Florence est un hymne à l'humanité, une manière de nous dire encore, à travers les âges, que tout est possible pour celui qui le tente. Elle nous irradie de cette formidable énergie de ceux qui, partis de rien, osèrent tout : découvreurs, ingénieurs, politologues, artistes…. Et des moindres recoins de la ville, ceux-ci —génies illustres ou inconnus— nous murmurent encore combien la confiance fut à la base de leur réussite, confiance en soi, confiance de leurs commanditaires, confiance du peuple… confiance en l'avenir.

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