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L'invasion a commencé...

Ainsi débutait une série télévisée de science-fiction des années 70 intitulée Les Envahisseurs… Nul besoin de les repérer, nos envahisseurs actuels, comme le faisait David VINCENT, en regardant leur auriculaire. Ils sont là, tout autour de nous, et il suffit de tendre l'oreille pour les identifier : ce sont nos enfants.

Cette génération alien est devenue profondément différente de la nôtre. Elle ne se reconnaît plus dans les valeurs qui nous ont motivés, comme le travail, le perfectionnisme, le paraître … Elle attache du prix à cette famille que les quadra et quinqua d'aujourd'hui ont eu tant de mal à bâtir, elle est avide de relations humaines et soucieuse d'éthique.

L'individualisme de ces jeunes n'est plus celui de la rébellion mais de la construction ; à notre différence ils sont majoritairement positifs, optimistes. Pourtant ils nous apparaissent comme des étrangers, avec des tenues vestimentaires, des langages, des modes d'expression, des comportements qui ne relèvent plus de nos codes. Et notre réaction vis-à-vis d'eux est souvent celle, primaire, xénophobe, de la crainte. Intuitivement, nous savons qu'ils vont nous balayer, qu'ils vont faire de notre monde un autre monde, et nous le craignons, nous leur barrons la voie, aussi longtemps que possible…

Oui, ils nous sont étrangers, au sens premier du terme. Ils n'aiment pas travailler, ils n'aiment pas l'école, ils ne glorifient pas les postes à responsabilité ou les gros salaires, mais un art de vivre plus détendu, « cool », la « zen attitude », probablement en réaction au stress de leurs parents et à celui qu'on cherche à leur imposer en les sur-occupant. Ils maîtrisent les nouvelles technologies presque d'instinct tandis que nous ahanons sur les modes d'emploi. Ils se plongent dans des univers virtuels dont nous comprenons à peine les règles. Ils blogues, MSNisent, SMSisent, s'organisent à l'ultime minute, zippant, zappant, chattant… et nous rendent fous !

Mais étions-nous si différents à leur âge, par rapport à nos propres aînés ? Nos parents comprenaient-ils nos « musiques de sauvage », notre consommation immodérée du téléphone et de la télévision, nos premières « boums » et nos pantalons « pattes d'éph » ?

Ce qui fait la différence, ce qui les rend plus alien que les générations précédentes, c'est sans doute leur capacité à se libérer, sans doute inconsciemment, des tabous dont les générations précédentes ont hérité, voire fabriqués. Modification du génome, création de clones, pose d'implants cybernétiques, double vie (physique et virtuelle), vivre ensemble sans être ensemble, prendre le temps de vivre, refuser l'aliénation du travail… ils acceptent tout cela.

Mais ils refusent un monde de pierre, sans âme, sans chaleur, sans humanité. Sans famille ni ami, où ne régnerait que la loi du plus fort ou du plus riche. Ils veulent de l'équité, de la justice, de la sagesse, de la solidarité. Ils veulent la fin des discriminations, de la mise en coupe réglée de la planète, des pollutions.

Sont-ils prêts à ouvrir la porte d'un futur plus radieux que celui que nous leur avons construit ? Seul l'avenir le dira, à condition que nous leur fassions assez de place pour qu'ils puissent au moins essayer.

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