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Corée : territoire du futur

Coincée entre la Chine et le Japon, la Corée offre aujourd’hui le visage de l’humanisme de demain. Les habitants du Pays du Matin Calme ne présentent ni la terrifiante indifférente des Japonais, exquisément polis et glacés, ni le violent individualisme porté à l’extrême des Chinois. Ils ressembleraient plutôt —pour nos yeux d’Européens— à des Taïwanais, et pourraient être considérés comme les Méditerranéens de l’Asie.

Au premier regard, ils ont l’aspect policé de tout Asiatique ; mais on observe rapidement qu’ils ont déjà su se départir de la plupart de leurs codes de socialisation. Au contraire des Chinois, vous ne les verrez pas cracher par terre devant vos chaussures, pas plus que leur regard ne vous traversera comme si vous n’existiez pas, comme c’est souvent le cas au Japon. Lorsqu’ils vous tendent leur carte de visite, ce n’est déjà plus à deux mains comme le voudrait la tradition. Pour autant, leurs codes demeurent différents des nôtres : ce n’est pas la femme qui passe en premier dans le protocole mais la personne la plus importante qui est de facto la plus âgée et généralement un homme ; les femmes ont encore beaucoup à faire dans cette société pour prétendre à l’équité sinon l’égalité, mais elles semblent pourtant déjà mieux placées que leurs homologues chinoises ou japonaises. Et l’on assiste simultanément à des protocoles qui nous apparaissent d’une obséquiosité parfois insupportable —comme les courbettes répétées, les discours-fleuves, la succession de discours avant un repas officiel— et à des comportements qui, selon nos propres codes, frisent la muflerie —usage très limité des formules de politesse courantes comme « s’il vous plaît » et « merci », attitude seigneuriale vis-à-vis des subordonnés, etc. La société féodale transparaît encore sous le vernis, mais celui-ci est de plus en plus épais, sans toutefois atteindre celui que trois siècles de renaissance et deux siècles de démocratie nous ont légué.

Nonobstant ces différences culturelles, deux aspects de la classe moyenne coréenne sautent aux yeux des étrangers en milieu professionnel : le temps qu’ils passent au travail et une remarquable gentillesse qui n’est pas que de surface. Mais le trait sans doute le plus dominant est leur « appétit » : appétit de nouveauté (technologique mais aussi artistique), appétit de découverte du monde, soif de construire le monde de demain. A la question « quelles sont aujourd’hui les peurs des Coréens ? », une jeune femme nous répondit d’un grand éclat de rire, quelque peu moqueur : « nous n’avons aucune peur !! », comme si cette question était vraiment des plus saugrenues… Que nous aurait répondu son homologue français ??

On observe aujourd’hui dans le comportement, l’expression et les initiatives de la classe moyenne coréenne, notamment au niveau de son élite, les ingrédients qui peuvent former ¬—qui vont former ?— le noyau d’une nouvelle humanité. Une ouverture relationnelle, un syncrétisme cosmopolite, une aisance avec la modernité la plus avancée —sans que les racines semblent en avoir souffert— et, surtout, un centrage sur l’humain qui préfigurent un monde meilleur.

Voici des décennies que l’on a annoncé le changement de paradigme (paradigme shift) et le déplacement du centre de gravité du monde économique vers l’Asie. Aujourd’hui ces deux tendances, amplifiées, convergent et s’expriment le plus positivement en Corée (40 millions d’habitants et la 10ème puissance économique mondiale).

Il est temps de passer le flambeau…