France de l'euthanasie: les temps barbares
Il fut un temps où nous nous sommes lassés d'adorer des idoles.
Avec le siècle des Lumières, nous avons défait Dieu de notre image, le rendant à la plénitude de la spiritualité en le désécularisant. Puis nous avons occis notre monarque de droit divin, contestant son omnipotence sur nos vies et revendiquant pour chaque être humain de la multitude un droit à choisir son sort et à l'assumer. Ainsi, la France devint la patrie des Droits de l'Homme tandis que les Etats-Unis d'Amérique devenait celle des Droits du Peuple [ Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les [les hommes ] soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit et de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future. Déclaration d'Indépendance de T. JEFFERSON].
Aujourd'hui pourtant, il semblerait que de nouvelles idoles soient à nouveau en place : lorsque le législateur énonce des lois qui bafouent les droits fondamentaux ( la vie, la liberté et la recherche du bonheur), notamment la recherche du bonheur qui permet à un être humain de mettre fin à sa souffrance et mourir accompagné des siens; lorsqu'un homme ou une femme politique s'arroge le droit d'imposer la souffrance physique et le désespoir moral, invoquant par ailleurs un devoir de mémoire, où est la barbarie ?
Cogito ergo sum / Je pense donc je suis. Parce que nous pensons, nous —l'espèce humaine— sommes capables d'organiser le monde en notre faveur. Depuis dix millénaires, nous avons bâti des empires et développé des civilisations. Nous avons proclamé notre puissance sur la planète et l'avons porté jusqu'au-delà, dans l'espace inhospitalier.
Mais ce faisant, nous avons oublié en route l'amour et la compassion. Notre humanité ne réside pas dans nos lois, dont l'imperfection ne cessera d'être mise à mal par la complexité croissante du monde. Elle s'exprime dans deux sentiments essentiels à notre survie individuelle et collective : la compassion et la justesse. L'une et l'autre ne peuvent être éprouvées qu'en se mettant à la place de celui qui en besoin. Voilà à quoi devraient s'exercer législateurs et hommes politiques, plutôt que de fabriquer des univers d'ivoire dans lesquels ils sont enfermés aussi sûrement que dans un asile psychiatrique tandis qu'un peuple assoupi dans son cocon individualiste se gave de téléréalité.
Les Belges, les Hollandais ou les Suisses, qui permettent un accompagnement actif de la fin de vie, seraient-ils donc plus barbares que nous, les Français ?
FGB 20 mars 2008
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