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Un autre sablier

L'image du sablier est souvent utilisée pour évoquer le rétrécissement des classes moyennes tandis que la part des très pauvres et des très riches s'accroît (le sommet et la base du sablier). Mais on peut aussi utiliser ce symbole pour exprimer l'attrait des différents segments de la vie.

En haut du sablier : jeunes, dont l'intérêt pour le monde des adultes, caractérisé notamment par le monde du travail, ne cesse de décroître. En témoignent le recul de l'âge de la prime nuptialité et du premier enfant, le retardement de l'âge d'entrée dans la vie autonome (vivre de ses propres ressources dans son propre foyer), que ce soit par allongement des études, stages, petits boulots, voyages, etc. , et la permanence d'un comportement adolescent à des âges adultes.

En bas du sablier : les retraités qui constituent la grande cohorte des seniors, actifs, aisés, pleins de vitalité. Ceux qui en ont envie poursuivent une activité professionnelle, notamment grâce à des organisations bénévoles bien structurées. Ceux qui préfèrent se dédier aux joies familiales s'offrent du bon temps avec leurs petits-enfants. D'autres enfin voyagent ou se dédient à leurs loisirs préférés. Entre 60 et 75 ans, la plupart de ces retraités-là vivent une seconde jeunesse, souvent meilleure que la première du fait de leur niveau de vie plus élevé.

Au centre, des adultes stressés. Que ce soit par leur vie familiale (divorce, recomposition, solitude), leur vie professionnelle (responsabilités, rythmes effrénés, compétition), leur santé (dépressions, maladies chroniques, surpoids…). Dans tous les cas, domine le sentiment dévastateur du non-choix et le transfert d'un imaginaire d'évasion vers les vacances et… la retraite, ce temps béni où la contrainte cessera enfin.

Que nous dit ce sablier ? Qu'au rythme lent des civilisations, se prépare dans les pays développés l'avènement d'une ère post-industrielle dans laquelle l'automatisation d'un nombre immense de tâches supprimera tellement d'emplois que l'Etat-providence ne parviendra plus à maintenir son système actuel. Il faudra alors revoir en profondeur les bases mêmes du système économique de production et de répartition des richesses. Des entreprises ont déjà commencé à s'installer sur ces terres vierges de demain, comme Google par exemple.

Cela prendra peut-être un siècle mais l'espérance d'une vie meilleure est au bout du chemin.